Les «Savoirs par­­ta­­gés» (2004-2008)

Quel retour sur l’acti­­vité menée au titre de l’ani­­ma­­tion de cul­­ture scien­­ti­­fi­­que à Agro­­po­­lis-Museum ? On pas­­sera sur les bilans de fré­­quen­­ta­­tion, d’assi­­duité, de régu­­la­­rité qui ont sans con­­teste per­­mis à un public diver­­si­­fié de venir s’infor­­mer, échan­­ger et dia­­lo­­guer sur des ques­­tions et des enjeux de société.

Pour ceux qui veu­­lent en savoir plus, la palette des sujets et des hori­­zons des inter­­ve­­nants est encore, avec des docu­­ments thé­­ma­­ti­­ques ori­­gi­­naux, acces­­si­­ble sur le site du Museum (lien ban­­deau à gau­­che, puis rubri­­que savoirs par­­ta­­gés, rétros­­pec­­ti­­ves). N’hési­­tez pas à me con­­tac­­ter si vous sou­­hai­­tez con­­sul­­ter des tex­­tes d’étape et de bilan.

L’inté­­rêt ici, pour notre objet média­­tion, est d’ana­­ly­­ser le mode de fonc­­tion­­ne­­ment retenu comme inter­­face, plus ou moins effi­­cace et adé­­quat, entre cul­­ture et société, à par­­tir de cas bien dis­­tincts.

Dans le cadre de con­­fé­­ren­­ces “clas­­si­­ques” (a), les échan­­ges ont été uti­­les mais au final ils ont plu­­tôt con­­cerné une audience pri­­vi­­lé­­giée… Cha­­cun savait à quoi s’en tenir, écou­­ter la pré­­sen­­ta­­tion bien sûr, pour cer­­tains pren­­dre des notes (étu­­diants con­­cer­­nés par le sujet), abor­­der tel ou tel point com­­plé­­men­­taire, et lan­­cer la dis­­cus­­sion. Mais de fait celle-ci est sou­­vent acca­­pa­­rée par des col­­lè­­gues, ou en tout cas par des adul­­tes déjà bien ini­­tiés sur le sujet, et laisse sur la tou­­che ceux qui auraient voulu par­­ler, mais n’osent plus.

Plus satis­­fai­­sants ont été les séan­­ces (b) menées en groupe par des étu­­diants (valo­­ri­­sant un tra­­vail effec­­tué dans le cadre de leur école, ici l’Irc et Mont­­pel­­lier SupA­­gro), per­­met­­tant de décor­­ti­­quer par exem­­ple la cons­­truc­­tion d’une pro­­blé­­ma­­ti­­que sur un sujet de con­­tro­­verse ou un par­­cours de recher­­che sur le ter­­rain. La jeu­­nesse des inter­­ve­­nants et le carac­­tère par­­tiel­­le­­ment “ina­­chevé” de la pré­­sen­­ta­­tion est pro­­pice dans ce cas à la prise de parole d’autres étu­­diants ou d’un public néo­­phyte, dans une ambiance plus déten­­due.

Afin de favo­­ri­­ser le croi­­se­­ment de regards sur un objet com­­mun, et éveiller l’inté­­rêt citoyen sur des pra­­ti­­ques et des champs de recher­­che, des “dia­­lo­­gues” à 2 ou plu­­sieurs voix (c) ont aussi été pra­­ti­­qués, invi­­tant à la même table des pro­­fes­­sion­­nels de ter­­rain, un agri­­cul­­teur et un agro­­nome par exem­­ple. Cette for­­mule est bien per­­çue par l’audi­­toire. Même si celui-ci n’inter­­vient pas néces­­sai­­re­­ment dans le débat, il peut appré­­hen­­der con­­crè­­te­­ment une inno­­va­­tion ou une ini­­tia­­tive tech­­ni­­que. Et sur­­tout il per­­çoit la manière dont cha­­que inter­­ve­­nant s’est appro­­prié le sujet dans son tra­­vail, lui a donné une signi­­fi­­ca­­tion par­­ti­­cu­­lière, a cir­­cons­­crit son champ de com­­pé­­ten­­ces.

Une moda­­lité inté­­res­­sante, plus déli­­cate à uti­­li­­ser, est celle de la table ronde (d) reflé­­tant un «état des lieux» des con­­nais­­san­­ces ou des posi­­tion­­ne­­ments sur un sujet con­­tro­­versé, voire polé­­mi­­que, sur un enjeu de société. L’équi­­li­­bre des voix n’est jamais idéal, notam­­ment quand les seu­­les for­­ces loca­­les sont mobi­­li­­sa­­bles, et la dérive est celle de dis­­cours “lan­­gue de bois” n’appor­­tant rien de bien cons­­truc­­tif au public pré­­sent.

La média­­tion n’est évi­­dem­­ment pas du même style ni de la même exi­­gence dans cha­­que cas, avec mal­­gré tout des cons­­tan­­tes. Pour le dire très sché­­ma­­ti­­que­­ment, le pre­­mier cas pose le pro­­blème de l’adé­­qua­­tion du niveau du dis­­cours et des capa­­ci­­tés didac­­ti­­ques du con­­fé­­ren­­cier. Le second est celui de “mon­­ter” l’impli­­ca­­tion et l’enga­­ge­­ment des étu­­diants pour cap­­ter l’atten­­tion de l’assis­­tance, sou­­vent en rap­­port avec la qua­­lité de leur tra­­vail mené en amont.

Le troi­­sième cas est plu­­tôt de faire mon­­tre de per­­sua­­sion auprès d’inter­­lo­­cu­­teurs d’hori­­zons et de cul­­ture étran­­gè­­res, peu appe­­lés à se ren­­con­­trer sur leurs ter­­rains res­­pec­­tifs en dehors d’obli­­ga­­tions admi­­nis­­tra­­ti­­ves, finan­­ciè­­res, con­­trac­­tuel­­les, etc. Le con­­tre-exem­­ple serait celui de recher­­ches effec­­tuées chez un pra­­ti­­cien par un scien­­ti­­fi­­que de l’Inra, de l’Ird ou du Cirad (qui fait sou­­vent par­­tie du fond de com­­merce des pro­­gram­­mes de recher­­ches), mais la dis­­tance per­­çue n’en est pas moins impor­­tante avec un sen­­ti­­ment d’inca­­pa­­cité mani­­feste de l’une des deux par­­ties.

La der­­nière for­­mule est géné­­ra­­le­­ment con­­fron­­tée aux stra­­té­­gies des ins­­ti­­tu­­tions con­­cer­­nées des­­quels relè­­vent les par­­ti­­ci­­pants, comme l’a mon­­tré une table ronde sur «l’accès aux semen­­ces et au cata­­lo­­gue» en France, où cha­­cun peut cam­­per sur des posi­­tions for­­ma­­tées au départ, avec le ris­­que de fuite ou d’évi­­te­­ment en vou­­lant cadrer plus stric­­te­­ment le fond thé­­ma­­ti­­que.

Cette expé­­rience fait bien res­sor­tir une inter­­ro­­ga­­tion, celle de la per­­ti­­nence du dis­­cours et des échan­­ges devant et avec un public hété­­ro­­gène et sou­­vent impré­­vi­­si­­ble. La per­­sonne char­­gée de l’inter­­face inter­­ve­­nants-publics doit faire mon­­tre d’ingé­­nio­­sité et de sou­­plesse dans la pré­­pa­­ra­­tion et dans l’orga­­ni­­sa­­tion de la séance, et en même temps res­­ter ferme pour res­­ter cré­­di­­ble.

Der­­nier point essen­­tiel, le média­­teur doit aussi, à cha­­que fois, se poser la ques­­tion du public attendu (public cible) et des publics poten­­tiels de l’évè­­ne­­ment, et donc celle de la per­­ti­­nence de la com­­mu­­ni­­ca­­tion (con­­tenu et forme) pro­­pre à éveiller l’inté­­rêt. Hor­­mis les qua­­li­­tés rédac­­tion­­nel­­les et le degré de liberté néces­­saire à la pro­­duc­­tion de sup­­ports de com­­mu­­ni­­ca­­tion, la maî­­trise des con­­te­­nus exige de s’impré­­gner au mieux des con­­train­­tes, des sen­­si­­bi­­li­­tés et des cul­­tu­­res du public à tou­­cher…

la suite au pro­­chain numéro…

nb. pos­­tez votre expé­­rience ici dans la rubri­­que “Com­­men­­tai­­res libres”, elle sera publiée ici, après quel­­ques cor­­rec­­tions de forme et vali­­da­­tion.

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Pour citer cette page copywright
Source : Expé­rien­ces. Med­sci (avhs) le 7 février 2009. Site http://med­sci.free.fr/pcsa/

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