Vinche, le 5 décembre 2008
Quadrature du cercle de la vulgarisation scientifique : comment accrocher un public pressé et transmettre un message en 5 minutes chrono ? La Fête de la Science : n.f.,  diffusion de la culture scientifique les yeux dans un microscope ou rivés sur des arcs électriques bleutés et des éprouvettes multicolores. La part belle est laissée aux sens, à l’expérimentation en direct : il faut bien que tu captives un public qui de stand en stand absorbe la science alors que la disette est plutôt de mise les 364 autres jours de l’année.

Alors il faut que ça soit grand, fort, si possible que ça fasse un peu de bruit, voire que tout explose. Succès garanti. Tu n’as pas fini de ramasser les morceaux que ton café a déjà refroidi. Tu aimerais parler vraiment de ce que tu fais en thèse après ce beau week-end mais la fac ne t’en donne pas les moyens et l’on va te taper sur les doigts si tu n’as pas fait tes 8 articles en 3 ans…

A la faveur de ton café froid tu regardes de plus près qui sont ces fêteurs  de la science. Retire les associations et tu circules déjà beaucoup mieux. Ôte la grappe de chercheurs vulgarisateurs un peu free-lance qui ont encore la foi après 30 ans de carrière, 2 ans de Valérie Pecresse et 3 ans d’ANR et tu n’entends plus que les ronrons de ta cafetière.

Tranchons tout de suite ce faux débat, il ne s’agit pas de mauvaise volonté mais bien d’un manque crucial de moyens. Avec un à deux chargés de communication scientifique à temps plein par université en moyenne, cela fait un communicant pour mille chercheurs.

A l’heure où l’on démantèle le CNRS, les chercheurs sont dans la rue pour convaincre l’opinion publique de l’intérêt de maintenir une recherche fondamentale et d’y investir massivement. Mais qu’offrons nous de plus à ce “grand public” que cette image de chercheurs en blouse blanche un peu barrés ? Sommes-nous les artisans de la concurrence économique du savoir ou le socle scientifique de notre société ?

Consacrer une partie de notre activité à vulgariser

Notre fonction de doctorant(e)s ouverts au monde qui nous entoure est-elle donc de présenter une fois l’an nos recherches au grand public ? Devons-nous nous contenter de mener des recherches individualistes alambiquées (vous pensez vraiment que le titre de votre thèse est compréhensible de la majorité ?), ou bien devons-nous consacrer ne serait-ce qu’une petite partie de notre activité professionnelle à divulguer nos connaissances et ouvrir les portes de nos facs ?

La vulgarisation scientifique n’est pas un passe-temps comme un autre, c’est un devoir moral de scientifique-citoyen. Et puisque la jeunesse en plus d’être précaire doit désormais être souple et réactive, montrons que nous pouvons passer par dessus les bonzes institutionnels et son sacro-saint Establishment.


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Article publié chez les amis de Contact dans la lettre d’info.”