Publié le 13 octobre 2008 par "Scientifique à ses heures"

Communiquer, vulgariser, médier : trois verbes qui sont utilisés, en théorie dans un sens similaire, mais qui laissent présager d’intentions plus ou moins bonnes …

Dans vulgarisation, il y a vulgaire. Un mot qui rappelle des latinismes savants, et qui ne devait pas rendre la science vulgaire, mais pouvant être transmise dans un langage commun. On peut aujourd’hui utiliser le terme vulgariser, mais il semble que ce soit avec réticence : se réclamer de la vulgarisation des sciences n’est pas très valorisant. On préfère être médiateur. Car il flotte derrière ce premier terme une odeur ténue de souffre d’amateurisme, de vulgaire, de loupé social, voire de science populaire bref de choses dans lesquelles il faudrait mieux ne pas se reconnaître.

Ainsi, les DESS puis masters liés à ces pratiques s’appellent toujours Communication des Sciences et des Techniques, Médiation des Sciences. Quand on dit “J’ai un DESS de vulgarisation”, c’est un peu comme si on disait “J’ai un doctorat en déchetterie” : ça ne le fait pas. De la même façon on parle de prosaïquement de la CST (Communication Scientifique et Technique, et on évitera le terme MST …) plutôt que vulgarisation. etc.

Qu’en est il maintenant de la communication ? C’est aussi un mot qui sent le souffre. On sent bien que derrière ce terme se cache une absence potentielle de contenu, d’information. Après tout, c’est aussi la communication qui permet la publicité et la télévision, qui aide la politique contemporaine à se créer une aura d’existence. L’information et le sens peuvent manquer cruellement aux messages issus de la communication : cela nuit aux sciences, bien entendu. A quoi bon communiquer si on communique du vide ? A quoi bon le faire, puisque le public ne veut pas de message complexe ? et puis, les agences de communication sont beaucoup trop chères, et que savent-elles des sciences ?

Sans compter que les Sciences de l’Information et de la Communication sont parfois comprises comme des pseudo-sciences, par d’autres scientifiques, qui eux, seraient des vrais. Une guerre de la scientificité au sein même de la vulgarisation ? Voilà qui est intéressant …

Terminons par le terme médier, ou médiation. C’est déjà un terme plus moderne, qui fait plus propre sur lui, qui tient compte de la notion de passer une information, et d’une pédagogie douce. elle rend compte également de la notion de contact et de relation entre l’émetteur et le récepteur. Bref, c’est un terme cool.

En conclusion, ce qui serait à la mode aujourd’hui, ce serait le terme “Médiation des Sciences et des Techniques”, et le moins, “Communication des Sciences”. A juste titre ou non ? Pourtant, la vulgarisation n’est pas une pratique qui vient de nulle part : elle possède une histoire, une raison d’être, des pères fondateurs. Pourtant, la communication possède des modèles qu’il serait avisé de se servir. Pourtant, les agences de communication peuvent produire des objets vulgarisateurs intéressants. Pourtant, il faut mieux faire de la CST que d’avoir une MST.

Gardez la mode de cette bonne vieille médiation, et je reste avec ma bonne vieille communication des sciences, ou vulgarisation, c’est comme vous voulez !!!

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