aux assoiffés (b) de culture citoyenne
Par avhs le 17 mai 2009, 09h - Lettres ouvertes... - Lien permanent
Dans cet état de fait où l'inculture est patente, où la science même est critiquée sans discernement, les savoirs, tous les savoirs, ont une fonction majeure, celle de donner au citoyen les moyens d'exercer pleinement son rôle : pas d'implication citoyenne sans réflexion autonome, pas d'idées sans culture et aujourd'hui où l'impact de la science est omniprésent, l'apport du scientifique à la culture est essentiel.
Certes, des actions de culture scientifique sont menées ici et là en région, dans les villes les plus importantes, avec une grande diversité de moyens, conférences, ateliers, expositions, portes ouvertes, etc. Mais sur le plan des échanges directs, entre une personne et un auditoire par exemple, ces actions rencontrent le plus souvent un public éclairé, à tout le moins privilégié par son niveau culturel, si ce n'est déjà rompu à l'échange avec des scientifiques, universitaires et chercheurs, ou des professionnels, acteurs de terrain.
Une réflexion de médiation est en cours pour mettre en place, à la rentrée prochaine, un cycle «d'apprentissage à la citoyenneté» reprenant l'idée de conférences de consensus*, mais accessible au public profane, focalisé par exemple sur un panel d'habitants d'une agglomération.
Le principe est simple : organiser des sessions d'information et d'acquisition d'un savoir minimal (scientifique et non scientifique) au bénéfice d'un groupe identifié (une trentaine de personnes), permettant de s'approprier une question, une problématique, comme celle du lien nature société dans le développement. Composite dans son recrutement, le “panel” se donne au fil des sessions les bases utiles pour mener une réflexion commune, un débat constructif, permettant d'aboutir à un consensus et rédiger un livret de recommandations nuancées, reflétant les positions des uns et des autres.
Les CdC* menées depuis 10 ans aussi bien au niveau national (sur les boues domestiques, les changements climatiques, les OGM) qu'européen (sur les neurosciences) ont bien sûr été critiquées à l'envi du fait de l'inapplication des recommandations et du peu d'attention des pouvoirs publics. Elles ont montré cependant un intérêt évident des médias et du public, notamment celui qui a pu côtoyer des membres de ces “panels” et suivre l'évolution des débats par personne interposée.
Le processus d'apprentissage citoyen est ici d'abord une action de promotion du débat public et du dialogue science société, mais il est prévu que ce travail de démocratie participative fasse l'objet d'une communication, d'une divulgation et d'une publication les plus larges possibles. Il pourra adresser un message formel aux élus et aux acteurs locaux. La formule sera renouvelée chaque année et éventuellement amplifiée en fonction de l'accueil qui lui sera réservé.Emanant d'acteurs de la médiation scientifique et culturelle de Montpellier et bénéficiant de soutiens de la ville et des élus, ce projet de«citoyenneté scientifique» a l'objectif de mobiliser le citoyen, de le sensibiliser au développement durable dans sa déclinaison locale, et surtout de l'aider à prendre place dans le concert des “initiés” et des décideurs.
Les champs du savoir feront appel à des intervenants du secteur public, privé, associatif ou syndical, enseignants, chercheurs, praticiens, tous nécessaires pour appréhender une réalité complexe, confuse de prime abord. L'intérêt est d'ouvrir plus largement le dialogue science société et de susciter l'implication d'une partie de la communauté scientifique présente, focalisée sur le partenariat de ses programmes de recherches et souvent isolée du grand public.
On l'aura compris, l'expérience repose sur la mobilisation d'intervenants et sur l'adhésion du “panel” à la problématique choisie pendant la totalité du cycle. Le panel sera recruté par appel à candidatures et complété avec des personnes impliquées dans la vie démocratique locale, issues de quartiers et d'associations de l'agglomération.
La médiation assistera le panel au cours du processus, veillera à l'équilibre d'expression des voix, évitera une trop grande dispersion thématique dans les échanges. Les intervenants invités éviteront la posture d'expertise et se mettront à la portée de leur auditoire par une approche aussi didactique que possible.
Une question simple, évocatrice, sera posée comme fil conducteur du processus d'apprentissage et des débats du cycle 2009-2010 :
Producteur de biodiversité essentielle à la vie sur terre, est-il condamné à disparaître ?
Que peut faire le citoyen pour le réhabiliter ?»
Les insectes, et en particulier des butineurs infatigables comme l'abeille sauvage et domestique, sont aujourd'hui fragilisés par l'activité humaine au point de porter préjudice aux services écologiques essentiels à la vie sur terre, notamment la pollinisation. Les mortalités anormales, constatées depuis une bonne vingtaine d'années dans les seules colonies mellifères, sont très probablement le lot de l'ensemble des insectes à travers la planète.
Qu'il soit solitaire ou social (abeille, termite, fourmi...), l'insecte est un médiateur culturel remarquable, modèle pour la recherche et témoin de notre action sur et dans la nature. Il a cette capacité d'interroger nos choix de société, leur pertinence, leur réversibilité pour autant que l'on veuille se placer dans une optique de durabilité. Ce sont nos savoirs, nos pratiques, nos modes d'exploitation et d'usage des ressources naturelles qui sont questionnés. Pour les besoins de l'apprentissage échelonné en plusieurs mois, des thèmes introduiront chacun une session :• citoyenneté & biodiversité : le cadre (débat public, outils de dialogue et d'apprentissage citoyen; le sujet (enjeux de la biodiversité, lien homme-nature et développement durable)
• interactions plante-insecte : fonctions et co-adaptation, domestication, services écologiques et pollinisation
• insectes butineurs : organisation, besoins et cycle de vie, communication avec l'environnement, santé animale
• activités agricoles et professions : développement & intensification agricole, auxiliaires de culture, élevage, brassage du vivant, marché et produits (alimentation, santé)
• impacts humains : les perturbations (agricole, sanitaire, voirie, urbanisme, transport) sur la vie et la reproduction des insectes
• les expériences : sensibilisation à la biodiversité, actions de culture scientifique, l'insecte en ville, alternatives aux jardins, observations naturalistes, partenariats public-recherche. Ces domaines nombreux, diversifiés, sont autant d'exhortations à réfléchir ensemble sur notre développement, à imaginer des moyens pour (re)donner à l'insecte, malmené et encore inconnu, la place qu'il mérite au sein des écosystèmes citadins et ruraux, utiles à notre vie sur cette planète.
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Pour citer le billet
Source : Aux assoiffés (b) de culture citoyenne. Medsci (avhs) le 24 juin 2009. Site http://medsci.free.fr/pcsa/
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9 octobre